Qu’est-ce qu’une völva ? Sur les traces des voyantes du Nord

Voyante itinérante, porteuse de bâton, voix de la Völuspá : qui était la völva des peuples du Nord, et pourquoi son regard inspire aujourd’hui The Völva Way ?

Par Océane Chartrey 6 min de lecture

Panorama gravé de plusieurs chemins s'ouvrant sous un ciel d'astres, guidés par un œil mystique

On me demande souvent pourquoi mon accompagnement porte ce nom : The Völva Way, la voie de la völva. Le mot sonne ancien, un peu mystérieux, et il l’est. Il nous vient des terres du Nord, d’un temps où l’on faisait parfois venir de très loin une femme capable de voir ce que les autres ne voyaient pas. Voici qui étaient ces voyantes, ce que les textes et l’archéologie nous en disent, et pourquoi leur manière de voir sans imposer résonne si fort avec ma pratique de Seer & Oracle.

La völva, « celle qui porte le bâton »

Dans la Scandinavie de l’âge viking (environ du VIIIe au XIe siècle), la völva (au pluriel völur) est une voyante, une prophétesse. Son nom est généralement rattaché au vieux norrois völr, le bâton : la völva est littéralement « celle qui porte le bâton ». Ce bâton, souvent décrit comme orné, n’est pas une simple canne de voyage. Il est l’insigne de sa fonction, l’outil qui accompagne sa traversée vers l’invisible.

La völva n’est pas une prêtresse attachée à un temple. Les récits la montrent plutôt itinérante : on l’invite de ferme en ferme, on la reçoit avec les plus grands égards, on la consulte sur les récoltes, les hivers, les mariages, les destins. Elle est à la fois respectée et un peu redoutée, car elle se tient au seuil entre deux mondes.

Ce que racontent les textes anciens

La Völuspá, la prophétie de la voyante

Le plus célèbre témoignage est un poème : la Völuspá, « la prophétie de la voyante », qui ouvre l’Edda poétique, un recueil de poèmes mythologiques conservé dans un manuscrit islandais du XIIIe siècle. Le dieu Odin lui-même, le plus sage des dieux, vient y interroger une völva. Et c’est elle qui parle : elle raconte la naissance du monde, le grand frêne Yggdrasil, le destin des dieux et leur crépuscule, puis la renaissance d’une terre nouvelle, « verdoyante », qui émerge des eaux.

Ce détail est remarquable : dans ce récit fondateur, la connaissance du passé et de l’avenir appartient à une femme, et le plus puissant des dieux doit venir l’écouter. Le poème s’achève non sur la fin du monde, mais sur ce qui renaît après elle. Mort et renaissance : un thème qui traverse tout mon travail.

Þorbjörg, la « petite völva » du Groenland

La description la plus vivante nous vient de la Saga d’Erik le Rouge, un récit islandais du XIIIe siècle. Une famine frappe une communauté du Groenland. Le maître de la ferme fait alors venir Þorbjörg, surnommée lítilvölva, « la petite völva », seule survivante de neuf sœurs, toutes voyantes.

La saga s’attarde sur sa tenue, comme pour dire son rang : un manteau bleu sombre orné de pierres, un collier de perles de verre, une coiffe d’agneau noir doublée de fourrure de chat blanc, des gants en peau de chat, une bourse contenant ses objets de pouvoir et, bien sûr, son bâton. On lui prépare un siège élevé, garni d’un coussin de plumes de poule. Elle passe la nuit sur place, puis se prépare au rituel du lendemain.

Pour que les esprits viennent, il faut un chant particulier. Une seule femme de l’assemblée le connaît : Guðríðr, qui l’a appris enfant. Elle chante si bien que la völva déclare que de nombreux esprits se sont approchés, attirés par la beauté de sa voix. Alors Þorbjörg parle : la famine prendra fin avec le printemps. Puis elle se tourne vers Guðríðr et lui annonce un destin lumineux, un grand mariage et une lignée d’où naîtra une grande lumière.

La völva ne décide pas du destin de Guðríðr. Elle le voit, elle le nomme, et elle le lui confie.

Le seiðr, un art transmis par Freyja

La pratique associée aux völur porte un nom : le seiðr, un ensemble de techniques de vision, de transe et d’influence sur le cours des choses. Dans la mythologie nordique, il est lié à la déesse Freyja. La Saga des Ynglingar, écrite par l’Islandais Snorri Sturluson, raconte même que c’est Freyja qui l’enseigna la première aux dieux. Un savoir féminin, donc, transmis d’une déesse aux dieux eux-mêmes.

Ce que la terre a gardé

Les völur ne sont pas qu’un motif littéraire. En Scandinavie, les archéologues ont mis au jour des tombes de femmes de l’âge viking accompagnées de bâtons de métal, souvent ornés, que beaucoup de chercheurs interprètent comme des bâtons de voyante. Au Danemark, sur le site de Fyrkat, une femme du Xe siècle a été inhumée avec un mobilier exceptionnel, dont une petite bourse contenant des graines de jusquiame, une plante aux propriétés hallucinogènes. Tout laisse penser qu’elle occupait une place à part dans sa communauté.

Ces découvertes nous rappellent que derrière les sagas, il y a eu des femmes réelles, reconnues pour leur don, et honorées jusque dans la mort.

Voir sans imposer : la voie que j’ai choisie

Pendant longtemps, j’ai utilisé le mot « médium ». Puis, après une profonde transformation, j’ai compris que la vraie nature de mes dons ne résonnait plus avec ce terme. Ce que je fais, c’est voir : percevoir votre meilleur futur possible, celui que votre âme aimerait vivre. En anglais, on dit Seer, celle qui voit. Dans le Nord ancien, on disait völva.

Il y a pourtant une différence essentielle, et je tiens à la nommer. Dans les sagas, la prophétie sonne souvent comme un destin scellé. Pour moi, le futur n’est jamais figé. Je ne le modifie pas, je l’observe. Il existe plus d’un futur possible, et celui qui se réalisera dépend des choix que vous ferez, dans le respect de votre libre arbitre. Mon rôle est de vous montrer le chemin le plus lumineux, puis de vous aider à traverser le pont qui vous en rapproche.

De la völva, je garde ce qui me touche le plus :

  • Le seuil : se tenir entre le visible et l’invisible pour rapporter ce qui aide à vivre.
  • Le bâton : un appui, un axe. Quelque chose qui vous tient debout pendant la traversée.
  • Le chant de Guðríðr : la vision ne se fait jamais seule. Elle naît d’une rencontre, de votre intention et de votre ouverture.
  • La terre qui renaît : après chaque fin, quelque chose de plus vaste peut commencer.

C’est cela, The Völva Way : une manière ancienne de regarder l’avenir, mise au service d’une vie d’aujourd’hui. Si vous traversez une période de doute, L’Oracle vous aide à éclairer un domaine précis de votre vie. Et si vous sentez que le moment est venu de laisser partir ce qui vous retient, le programme Les Élites 4 vous accompagne pendant un mois, pas à pas.


Pour aller plus loin : la Völuspá et la Saga d’Erik le Rouge existent en traduction française, notamment dans les éditions de Régis Boyer (L’Edda poétique, Fayard ; Sagas islandaises, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade).

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